Dans un premier temps, j'ai besoin de comprendre les grandes lignes du projet architectural. L'architecte m'explique ainsi les idées fortes de son projet et les différents points de vues qui l'intéressent particulièrement.
Il me fait part également des aspects pratiques et des différentes contraintes qui pèsent sur les prises de vues. Ainsi il est particulièrement important de savoir qu'elle est l'orientation des façades par rapport au soleil, quel est le dégagement disponible devant le bâtiment, sous quelles conditions le projet est visitable...
Des plans et photos de repérages sont utiles à ce moment, mais une visite sur place du projet en compagnie de l'architecte est toujours préférable.
Une fois munis de toutes les informations concernant le projet et connaissant les attentes de mon client, je peux préparer la prise de vue elle-même.
Celle-ci ne devrait pas si possible, être planifiée de manière trop figée, ceci afin de pouvoir choisir la meilleure méteo. Cela peut parfois être dur à respecter pour des projets à l'étranger, où le voyage est forcément court. Néanmoins choisir une météo favorable est primordiale, car l'aspect d'un bâtiment change drastiquement, s'il est bien éclairé ou pas.
Beaucoup de type de temps peuvent se prêter à la photographie d'architecture. Le ciel n'a pas besoin d'être entièrement dégagé, mais en revanche les ciels uniformément gris ou la pluie, n'y sont pas favorables.
Pour les prises de vues en intérieurs, le temps qu'il fait est moins primordiale. En effet, il y a toujours la possibilité d'éclairer les pièces et un temps extérieur maussade peut renforcer par contraste l'effet de chaleur de l'éclairage intérieur. Cependant dans les espaces où l'éclairage naturel et les ombres portées sont un élément important du projet, un temps ensoleillé reste préférable.
La préparation de la prise de vue consiste également à planifier les transports pour se rendre sur place et prendre contact avec les gérants des lieux pour connaitre les possibilités de visite.
Une fois tous les aspects pratiques réglés, avoir vérifié que le temps est propice, il ne reste plus qu'à emporter tout le matériel nécessaire et sauter dans un train ou une voiture. Mais évidemment des imprévus viennent souvent rendre le métier un peu plus excitant : le temps s'est couvert totalement le temps du transport, une voiture s'est garée à l'endroit où l'on n'en voulait aucune, les travaux ne sont pas finis... Autant de situations que l'on peut choisir de contourner, ou bien d'assumer et d'intégrer souvent avec succès dans la photographie.
Je cherche dans un reportage à produire une variété d'images du projet qui puissent être utilisées par la suite dans des publications. Il est ainsi important de varier les points de vues, d'avoir des verticales et des horizontales, des plans larges et des gros-plan...
Les photos entre le jour et la nuit, où l'éclairage artificiel se mêlent à un ciel s'assombrissant, sont en général particulièrement intéressantes. La lumière du matin très douce, est elle-aussi à rechercher, notamment dans les pays chauds, où pendant la journée le soleil est trop plombant.
Je réalise les prises de vue au pied ou à main levée, suivant la nature des points de vue et la vitesse d'obturation choisie. En photographie d'architecture, les photos sont généralement prises avec un diaphragme fermé. Cela permet d'augmenter la profondeur de champs, c'est à dire la zone de netteté et d'améliorer la qualité de l'image. En effet la qualité optique des objectifs est meilleure quand le diaphragme est plutôt fermé. Je choisis également des sensibilités ISO faibles, pour diminuer le bruit (équivalent du grain en numérique) et avoir un bon piqué, c'est à dire un bon rendu des détails tout en finesse.
Ces deux réglages impliquent une vitesse d'obturation lente, qui nécessite souvent le pied pour éviter que l'appareil ne bouge. Quand des personnes passent devant l'objectif, cela a également l'avantage de les flouter, ce qui permet de bénéficier d'une animation humaine, sans insister trop sur les personnages.
Le matériel que j'emporte est donc constitué :
- d'un boitier numérique professionnel
- d'objectifs fixes de qualité
- d'un pied photographique
- éventuellement d'un ou deux flashs de studio pour les éclairages intérieurs
- d'une cellule pour mesurer la lumière
- de quelques filtres tel que le filtre polarisant et le filtre gris neutre
Une fois revenu au bureau, les cartes flashs remplies de photos, il faut les transférer sur le disque dur et les passer en revue. L'éditing consiste à choisir les photographies retenues, parmi toutes celles qui ont été prises. Il est bon en effet de ne choisir que les meilleures, d'une part pour ne pas noyer le client avec des images dont il ne se servira pas et d'autre part pour se concentrer afin d'améliorer celles qui sont les plus intéressantes.
En règle générale, je prends de 100 à 200 photos par projets, dont j'en extrais une vingtaine, soit 10 à 20% de la production, que je juge satisfaisantes.
Pratiquement, la moitié du temps passé à une commande de photographie d'architecture, l'est sur les retouches des fichiers numériques. En effet même si le numérique permet de prendre rapidement de nombreuses images, ce n'est qu'une étape du processus, qui est suivi par un long traitement dit de post-production sur différents logiciels comme Camera Raw, Photoshop, Lightroom, Dxo...
Ce traitement porte sur les points suivants :
Cette étape est un passage obligé pour toutes les photographies et peut être une aide particulièrement utile pour les photos où l'éclairage n'était pas idéal. Ainsi on peut rendre plus contrasté une image trop plate, déboucher des zones trop sombres dues à un trop fort contraste, changer une dominante colorée due à un temps gris...
Lorsque l'on incline l'appareil photo vers le haut ou vers le bas, les lignes verticales des bâtiments ont tendance à fuir et les parties rectangulaires des façades comme les fenêtres à devenir trapézoïdale. Ceci est parfois voulu ou impossible à corriger car trop marqué. Mais souvent, quand les fuyantes ne sont pas trop loin de la verticale, un redressement améliore l'image et rend le bâtiment plus lisible.
Même les objectifs les plus coûteux engendrent des déformations, qui courbent légèrement les lignes droites. Ceci est plus marqué pour les objectifs de focales extrêmes comme les grands-angles et les télé-objectifs, deux types de focales qui sont utilisées couramment en photographie d'architecture. Les courbures convexes, dites en barillet, sont produites par les objectifs grand angle, tandis que les courbures concaves, dites en coussinet, sont produites par les télé-objectifs. Elles se corrigent en général sans problème sur les logiciels adaptés.
A la limite des objets sur un fond lumineux comme le ciel, des couleurs non naturelles apparaissent parfois sous la forme d'une frange, une petite ligne colorée, de couleur magenta ou cyan. Ceci est du à un défaut de l'objectif, qui peut se produire même avec les meilleurs optiques. Heureusement, cela se corrige également avec les logiciels.
Parfois certaines poussières viennent se coller sur le capteur numérique ou sur l'objectif sans que l'on s'en aperçoive. Quand ces poussières sont visibles sur l'image, il faut donc les faire disparaitre. De même, des éléments de la scène, ne peuvent parfois pas être enlevés au moment de la prise de vue, comme par exemple un panneau de signalisation aux couleurs criantes, une voiture...Ceci reste possible en post-production et est souvent souhaitable pour ne pas distraire le regard du projet architectural.
Une fois les retouches terminées, il ne reste plus qu'a produire des planches contacts facilitant l'archivage des images par le client, graver des CD et envoyer la production par mail, serveur ftp ou courrier.